François Le Masne
Thérapie et développement personnel

L’Histoire de la famille (épisode 1)

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J’aborderai régulièrement dans ce blog des épisodes de la grande Histoire de la famille. Ce que nous apprend l’Histoire c’est que nos comportements - en tant qu’hommes, en tant que femmes et en tant que parents – sont imprégnés de ceux de nos ancêtres. Et même de nos ancêtres très très lointains, puisque nous commencerons aujourd’hui par ce que peut nous enseigner la Préhistoire…

Vous l’aurez compris cet angle de vue historique est intéressant comme piste de compréhension et de réflexion sur qui nous sommes et d’où s’originent nos fonctionnements.

Nous avons l’habitude souvent dans l’approche thérapeutique de nous pencher sur la psycho-généalogie de notre famille, j’aimerais vous inviter à ouvrir encore plus large et plus loin notre champ de vision :

La Préhistoire : aux sources de la famille

Aborder l’histoire des mères et des pères, c’est se pencher sur l’organisation de la famille à travers les époques. Pour comprendre comment cette organisation si particulière à l’être humain est apparue, comment elle s’est constituée, il faut revenir sur la physiologie de l’Homme1, et pour cela remonter à la préhistoire où nos ancêtres ont eu à faire face à la question de leur survie en tant qu’espèce dans un monde hostile.

Survie qui était menacée de l’intérieur. En effet, les humains, bien que mammifères prédateurs doivent faire face pour préserver leur groupe à deux difficultés inhérentes à leur nature même :

 

Tout d’abord l’Homme met au monde des enfants immatures qui sont incapables de survivre par eux-mêmes. Quand les bébés des autres animaux se dressent sur leur pates quelques minutes après leur naissance, le bébé d’Homme est totalement dépendant de ses parents, pour sa nourriture, pour sa survie face aux dangers, mais même pour le moindre de ses déplacements pendant plusieurs années. Cela demande donc de penser une organisation de groupe pérenne pour garantir la survie de la progéniture.

L’autre grand péril qui menace l’espèce humaine tient au fait que les femelles humaines sont fécondables mensuellement. Si chaque mois, les mâles se livrent aux combats qui opposent habituellement les autres mammifères qu’une à deux fois par an seulement, l’équilibre des groupes, des clans est menacé.

 

Et puis la grossesse dure neuf mois, période durant laquelle, surtout les derniers mois, la femme est fragilisée et demande à être protégée ainsi que sa progéniture à venir.

Pour perdurer, il convient donc de se constituer un corpus de règles de vie. Ces principes d’organisation sont à l’origine de ce qui deviendra par la suite la famille et qui pour l’heure est une tribu.

 

Avec la sédentarisation et l’apparition de l’agriculture et de l’élevage, les clans se structurent peu à peu en villages où il semble que, la plupart du temps, les femmes et les enfants se tiennent à l’intérieur de l’enceinte et les hommes, d’une part protègent le groupe d’éventuelles agressions d’autres clans, d’autre part partent chasser le gibier. Une première structuration avec les hommes à la périphérie et les femmes au centre voit le jour.

 

De cette époque naissent aussi les tabous constitutifs de la famille : tabou de l’inceste, tabou de l’infanticide ; ainsi que les stratifications organisationnelles : séparation de sexes, des générations. Ces tabous visent à faire perdurer et évoluer l’espèce en évitant d’une part les unions consanguines qui affaiblissent la descendance et d’autre part parricide et infanticide qui pourraient se jouer entre males. Les jeunes filles deviennent peu à peu une monnaie d’échange entre clans pour conclure des pactes de paix et préserver le renouvellement de l’espèce.

 

On pourra voir comment cette vision de la famille a perduré sans presqu’aucun changement jusqu’au milieu du siècle dernier. Et l’on peut mesurer la force d’atavisme dans les comportements des hommes et des femmes après des dizaines de millénaires de reproduction et d’imprégnation comportementales.

 

Lors de mes consultations de couple par exemple, il n’est pas rare que la femme exprime une frustration à ce que son homme n’ait pas été plus proche au moment de l’accouchement et des premiers jours qui ont suivi. L’homme, pour sa part, témoigne de s’être senti un peu exclu du lien très fort entre sa compagne et le nouveau-né. Lorsque le couple alors, au bénéfice de la thérapie, échange et s’écoute sur leurs vécus respectifs, il commence à se comprendre, à voir ce qui a agi chacun. Comment ne pas faire de lien avec cette Histoire qui remonte à plusieurs dizaines de milliers d’années durant lesquelles l’accouchement est une histoire de femmes. L’homme lui part à la chasse entre hommes pour nourrir le clan, la famille.

 

Atavisme qui se rejoue sur le père d’aujourd’hui comme si une force centrifuge s’exerçait sur lui pour l’écarter de la maternité et du foyer familial, pour le pousser à « partir à la chasse » c’est-à-dire s’investir dans son travail, se rapprocher de ses congénères masculins.

Ce n’est que depuis très récemment (quelques dizaines d’années à peine) que le père est convié à prendre une place dès les premiers instants de la vie de l’enfant, dès la grossesse même. Et cette place demande à être pensée, nous y reviendrons dans un article futur.

 

La clé pour le couple est de parler, de se dire ce que l’on ressent, ce que l’on vit. La femme peut dire son souhait, son besoin de partager ce temps précieux des premiers jours de la maternité en se sentant entourée, protégée par son conjoint. Et en disant son besoin elle formule par là-même une invitation. L’homme peut dire comme il se sent parfois exclu de cette dyade mère-enfant qui semble impénétrable. Il peut dire son besoin d’être introduit à ce moment plein d’émotions auxquelles il n’est pas préparé. Et exprimant ses peurs et ses doutes il invite sa compagne à ouvrir le tandem qu’elle forme avec son bébé à la présence du père

 

C’est ainsi que peu à peu la femme et l’homme peuvent apprendre à créer le couple qu’ils souhaitent être, la famille dont ils rêvent.

 

 

1 J’utilise « Homme » avec une majuscule lorsque je parle de l’espèce humain


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