François Le Masne
Thérapie et développement personnel

L’Histoire de la famille (épisode 2)

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J’aborderai régulièrement dans ce blog des épisodes de la grande Histoire de la famille. Ce que nous apprend l’Histoire c’est que nos comportements - en tant qu’hommes, en tant que femmes et en tant que parents – sont imprégnés de ceux de nos ancêtres.

Vous l’aurez compris cet angle de vue historique est intéressant comme piste de compréhension et de réflexion sur qui nous sommes et d’où s’originent nos fonctionnements.

Nous avons l’habitude souvent dans l’approche thérapeutique de nous pencher sur la psycho-généalogie de notre famille, j’aimerais vous inviter à ouvrir encore plus large et plus loin notre champ de vision :

Pour ce deuxième épisode, nous allons nous pencher sur la famille et les relations homme-femme à l’époque romaine.

L’époque romaine est une illustration du patriarcat poussé à son point culminant. Nous serions bien inspirés de prendre conscience des traces, des empreintes qui restent dans nos psychismes de cette époque pour nous en libérer et inventer une nouvelle façon d’être en couple, de faire famille. Créer un nouveau mode relationnel entre l’homme et la femme où chacun respire mieux et où une véritable alliance soit possible.

La Rome Antique : le pouvoir absolu du père

Les Romains ont beaucoup emprunté aux grecs mais leur apport reste essentiel dans tous les domaines. Ils ont notamment précisé le cadre juridique qui définit les droits du père, ceux de la mère et des enfants. Peu ou prou, le droit romain a influencé la vision de la famille jusqu’au vingtième siècle. Il a institué fortement le patriarcat et en a défini les contours et les détails.

Le Pater Familias

Dans la famille romaine, le père est tout puissant. Le père est vu comme le représentant de Jupiter dans la cité. Le citoyen participe à la vie politique de Rome et toute sa famille est dédiée à la grandeur de la Cité. La puissance paternelle (patria potestas) s’étend sur ses enfants mais aussi sur son épouse et sur toute la maisonnée.

Dès l’origine de l’humanité, un doute habite le mâle humain : comment peut-il se garantir que les enfants que sa femme met au monde sont bien sa progéniture ? Car si, dès la préhistoire, l’organisation du clan, prémice de la famille, permet que les mâles ne se battent plus pour les femelles, rien ne garantit chacun d’être le père de ses enfants. Il me semble que nombre des règles qui encadrent la famille à travers les siècles découlent de ce doute premier. Comme l’homme, contrairement à ses autres frères mammifères, doit nourrir et protéger sa progéniture durant de longues années, il veut se garantir que ce sont bien ses enfants à qui il apporte secours. L’homme tente de se garantir qu’aucun autre mâle n’approchera sa femelle (ou ses femelles, dans le cas de structures polygames) et la cantonne donc au sein du foyer. Il s’engage en contrepartie à lui apporter protection.

Le père romain répond de manière drastique à cette question du doute sur sa paternité : à l’accouchement, la sage-femme dépose le bébé sur le sol au pied du père qui décide s’il accepte ou non l’enfant comme étant sa progéniture. S’il le reconnait comme son fils ou sa fille, il soulève l’enfant, l’élève dans le ciel, invoque Jupiter et le présente à la maisonnée réunie. S’il refuse l’enfant, il le laisse au sol et se détourne. Celui-ci est alors « exposé » dans un lieu prévu à cet effet hors de la maison où il sera abandonné sans soin à la merci des dieux. La filiation n’est donc pas un fait biologique mais le fruit de la reconnaissance paternelle. Avant l'intervention du père, au moment de l’accouchement, la sage-femme peut, si elle estime que l’enfant n’est pas viable ou s’il présente une quelconque malformation, décider qu’il soit abandonné et exposé.

La Matrone

La femme est appelée matrone et n’est respectée que comme mater familias c’est à dire qu’en tant qu’épouse du pater familias et mère. Ce titre ne lui donne que peu de droit et aucune autorité au sein du foyer. Le nom de matrone lui est donné le lendemain de son mariage pour lui rappeler clairement sa fonction reproductrice. La jeune fille est mariée entre 12 et 15 ans, dès la puberté, pour se garantir de la virginité de l’épouse et pour s’assurer une longue période de fécondité. Son éducation est parachevée dans la maison de l’époux. Si la matrone s’avère stérile, ou supposément telle (la fécondité du père n’est jamais questionnée), elle peut être répudiée pour que l’homme conclue une nouvelle union. La matrone est contrainte à la monogamie la plus stricte alors que l’homme peut avoir commerce avec d’autres femmes, esclaves ou prostituées. Le mariage donne tous les droits au mari sur sa femme. Dans le droit romain, le viol n’existe pas entre époux. Ce sera le cas durant des siècles et jusqu’à récemment. Si une femme prise de force tombe enceinte, c'est, pour la médecine d’alors, le signe qu'elle le désirait secrètement...

La pensée médicale résume la femme à sa fonction reproductrice : « tota mulier in utéro », toute la femme est dans la matrice. Pour être en bonne santé une femme doit avoir de fréquents coïts et porter de nombreux enfants. Mais il est considéré que seul l’homme est géniteur. La femme ne produit aucune semence reproductrice. Elle se contente de porter le fœtus issu exclusivement de la semence masculine. La mère n’est qu’un support. Le père est donc le seul à pouvoir revendiquer la paternité.

Rome est une cité guerrière et les matrones ont comme fonction de repeupler les légions. Pour cette raison, leur fécondité est célébrée.

Les enfants

Les enfants ne seront jamais majeurs et émancipés tant que leur père sera vivant et cela même s’ils deviennent à leur tour maris et pères. L’autorité du père est absolue et définitive.

L’infanticide était fréquent à l’antiquité et il touchait essentiellement les filles. Les filles en général valent bien moins que les garçons.

Adoption

La pratique de l’adoption concerne uniquement l’aristocratie.

Pour avoir une descendance, le père peut aussi recourir à l’adoption, ceci que sa femme lui ait ou non donné des enfants. C’est toujours un garçon qu’on adopte et on le fait alors qu’il est adolescent. L’objectif de l’adoption n’est nullement affaire de charité, de secours, comme plus tard avec l’ère chrétienne. C’est le choix d’un homme d’attribuer à sa maison une descendance qu’il juge intéressante.

L'adopté perd tout lien juridique avec ses géniteurs mais il a le droit de conserver un lien d'affection avec eux et de leur faire profiter des largesses de sa nouvelle famille. L’enfant adopté peut être choisi comme héritier de prédilection au détriment des autres enfants.

Adopter permet d'accéder à la paternité, condition sine qua non pour prétendre aux honneurs et aux gouvernements de province.

Les femmes ne sont pas concernées par l'adoption ni en tant qu'adoptante, ni en tant qu'adoptée. La matrone peut cependant distinguer un enfant hors de sa famille, le combler de cadeaux et recevoir en retour son affection. Il ne s'agit pas d'une adoption mais la loi autorise ce type de relation. Cet enfant est désigné du terme d'alumna (ou alumnus si c'est un garçon).

Les esclaves

Le pater familias, même marié, ne se privent pas de relations sexuelles avec ses esclaves. S’il lui arrive d'engendrer, l'enfant sera esclave comme sa mère mais le plus souvent il imposera que l'enfant soit exposé. Aucun père ne répond de ses bâtards qui n'ont aucun droit. S'ils vivent, ils portent le nom de leur mère. Cependant, le pater familias peut s'attacher à une favorite et l'affranchir elle et son enfant. Dans ce cas, l'enfant affranchi rentre dans le lignage du père et porte son nom

Education des enfants

Le père ne s'occupe pas de l'éducation des filles qui sont confiées à sa femme. Cependant, loin de s'en désintéresser, il veille sur leur virginité. Une jeune fille si elle dispose librement de son corps peut être condamnée à mort et exécutée par son père. Avoir une fille est la garantie de pouvoir contracter une alliance intéressante. Le père dispose de sa fille pour arranger le mariage qu'il souhaite.

L'éducation des garçons est dans les temps anciens entièrement la charge du père. Ce n’est que peu à peu que le recours à un précepteur s'impose. Mais, même dans ce cas, le père ne relâche pas sa surveillance. Le père se doit d'être un exemple de bon citoyen pour ses fils. La famille étant l'archétype de l'ordre social, le père est la voie de passage vers la cité.

La sévérité est le principe directeur de l'éducation paternelle. Elle a pour but de tremper le caractère de l'enfant, de lui fournir des armes contre le vice, l'attrait du luxe et la mollesse.

Si femme et esclaves peuvent exprimer de la tendresse à l'enfant, le père s'impose distance et fermeté. L'enfant s'adresse à son père avec déférence en l'appelant Domine (monsieur). Cette sévérité du père ne va que rarement avec violence et tyrannie. Les coups ne sont pas la règle. Le père ne manifeste pas ses sentiments ou sa douleur même en cas de décès de son enfant.

 

Il appartient au père de constater la puberté du fils, d'en réfréner les éventuels excès et d'arranger un mariage. Mais même marié son fils reste sous son autorité. Le père est juge et maître de son fils. Il peut le condamner à mort ou le déshériter.

La force de sa pression despotique induit une tentation de parricide qui est à la fois le pire des crimes et une obsession. En effet, les fils pouvaient rêver de tuer leur père pour accéder à leur autonomie. Comme l’exemple célèbre de Brutus poignardant César « tu quoque mi fili».

Et si nous cessions d’être romain ?

Nous pourrions écrire des pages sur les répercussions du monde romain sur nos sociétés occidentales du XXIème siècle. Mais pour ne prendre qu’un seul angle d’attaque, nous voyons dans la famille romaine, et dans le pater familias, comment se cristallise le patriarcat autour d’une figure du père à l’autorité absolue, patria potestas, avec une distance et une rigueur qui lui interdisent de témoigner de ses sentiments. Le père romain, le mari, est tout puissant et silencieux. Il a aussi une autorité absolue sur son épouse qui n’accède jamais à la liberté, passant du joug de son père à celui de son mari.

Ces archétypes du père et du mari perdureront longtemps dans l’histoire des couples et des familles.

Fort Heureusement la place du père et l’image de l’homme ont évolué, notamment durant la deuxième moitié du XXème siècle et en ce début de XXIème. Deux mille ans de rapports de domination ont inscrit dans nos inconscients des schémas qu’il est important de revisiter et de transformer. Ce travail est en cours et n’est pas encore arrivé à son terme.

Encore aujourd’hui énormément d’hommes ont, par exemple, du mal dans le couple ou avec leurs enfants à accéder à la parole, à une parole sensible qui témoigne de ce qu’ils vivent à l’intérieur.

Dans mes consultations de couple, il n’est pas rare que la femme se plaigne du silence de son conjoint. C’est affaire d’éducation : on apprend peu au garçon à parler de ce qu’il ressent. Il traine toujours, par exemple, dans l’inconscient collectif l’idée qu’un homme ne pleure pas… On préfèrera que le petit garçon joue avec des révolvers plutôt qu’avec une poupée…

La pression sociale impose toujours implicitement à l’homme d’être fort quand il induit que les femmes doivent être belles. Et ces oppositions se jouent dans tous les domaines : conjugal (et sexuel notamment), familial, éducationnel, sociétal, professionnel…

Même si la place de l’homme a évolué, même si la femme a conquis un statut nouveau au sein du couple, de la famille et de la société (nous y reviendrons dans des épisodes ultérieurs tant il est important de mesurer combien en quelques décennies une révolution s’est opérée), il reste que perdure un schéma mental où la femme d’une certaine manière se soumet à l’homme - directement ou, plus inconsciemment, indirectement en se plaçant en mère, infantilisant le conjoint par la même occasion. Mais pour finir, qu’il soit dominant ou infantilisé (et parfois les deux à la fois) elle est à son service.

Prenons juste l’exemple du monde du travail : la femme a gagné le droit d’avoir une carrière mais quand elle rentre du travail, il lui reste souvent les tâches domestiques et les devoirs des enfants à s’occuper. Et posons-nous aussi la question des différences de salaire homme-femme pour un poste équivalent. Que cela signifie-t-il ? Sinon une manière d’affirmer encore la supériorité du masculin sur le féminin.

Si l’on veut faire bouger les frontières, évoluer nos couples, aller vers une alliance plus grande entre conjoints, il est de la responsabilité de chacun de repérer et de faire évoluer dans son psychisme ces stéréotypes contraignants et limitatifs.

Durant vingt siècles et plus s’est joué une histoire de rapport de force entre sexe opposés. Il est temps de repérer en nous nos projections sur notre sexe et sur l’autre pour nous libérer de carcans comportementaux limitatifs. Nous pouvons dans notre couple mettre à jour les conditionnements qui teintent nos relations et créer une nouvelle façon d’être à deux. Une nouvelle vision du couple où ni la femme, ni l’homme ne seront perdants.


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